« וְעָשִׂיתָ הַיָּשָׁר וְהַטּוֹב » — « Tu feras ce qui est droit et bon » Pourquoi avons-nous lancé la revue ?
23 mars 2023
(6 mois avant la tragédie du 7 octobre 2023)
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YASHAR : une revue en ligne de Torah et de derekh eretz est née dans un moment de crise.
Le 37ᵉ gouvernement d’Israël, formé durant l’hiver 5783 et qui semblait devoir mettre fin à une longue période d’instabilité politique, place l’État d’Israël et la société israélienne face à une situation sans précédent. Ce gouvernement — le plus à droite et le plus religieux (selon ses propres critères) de l’histoire du pays — mène, au moment où ces lignes sont écrites, un processus législatif rapide et brutal visant à transformer en profondeur le régime politique et à porter gravement atteinte à son caractère démocratique.
Il promeut notamment des mesures destinées à instaurer un contrôle politique sur la nomination des juges, à supprimer le contrôle juridictionnel, à réduire le pouvoir des conseillers juridiques, et bien davantage encore ; tout cela alors que le Premier ministre est lui-même jugé pour corruption, fraude et abus de confiance, et se trouve dans une situation manifeste de conflit d’intérêts.
Les dangers qui découleraient de l’aboutissement de ce processus sont évidents : concentration d’un pouvoir sans contrepoids entre les mains de l’exécutif, atteinte aux minorités et aux groupes vulnérables, restriction de la liberté académique, dommages à long terme pour l’économie. Ce ne sont là que quelques-unes des raisons qui conduisent, chaque semaine, des dizaines et des centaines de milliers de citoyennes et de citoyens à participer à des manifestations et à des actions de protestation dans tout le pays.
La refonte autoritaire du régime, et plus largement la politique de ce gouvernement, recèlent un autre danger, tout aussi grave : un danger pour l’avenir du judaïsme.
Au-delà de tout cela, la réforme du régime, et plus largement la politique de ce gouvernement, recèlent un autre danger, tout aussi grave : un danger pour l’avenir du judaïsme.
Il est consternant de voir la Torah d’Israël enrôlée par la coalition actuelle comme un instrument au service d’un programme antidémocratique, raciste et discriminatoire ; d’un éloignement des valeurs morales universelles ; de l’imposition, dans l’espace public, de conceptions religieuses très particulières ; et d’un rejet de la science et du savoir.
Dans ces circonstances, la crainte d’un ‘Hilloul Hachem — d’une profanation du Nom divin — devient concrète et immédiate ; elle bouleverse l’esprit et le cœur. Il semble parfois que, sous nos yeux stupéfaits, les chances de la Torah de survivre comme Torah de vie, dont il est dit : « דְּרָכֶיהָ דַרְכֵי נֹעַם וְכָל נְתִיבוֹתֶיהָ שָׁלוֹם »
« Ses voies sont des voies pleines de douceur, et tous ses sentiers conduisent à la paix. »
(Proverbes 3,17) ne cessent de s’amenuiser.
À la différence de certaines organisations religieuses et rabbiniques qui mettent aujourd’hui en garde contre la fracture grandissante de la société israélienne, YASHAR refuse toute tentative d’établir une symétrie artificielle, comme si, des deux côtés de la ligne de fracture politique, se trouvaient des forces contribuant à parts égales à la crise.
Non, il n’y a pas ici de symétrie. Il y a un gouvernement qui, depuis le premier jour de sa formation, mène des actions agressives et revanchardes, qui sapent la démocratie israélienne ainsi que la morale juive et universelle, et qui ne sont pas toujours inspirées par des considérations pertinentes et désintéressées. C’est pourquoi l’appel à l’unité et à la réconciliation — aussi important soit-il — ne doit pas émousser la critique que ce gouvernement mérite à juste titre.
À la différence de certaines organisations religieuses et rabbiniques qui mettent aujourd’hui en garde contre la fracture grandissante de la société israélienne, YASHAR refuse toute tentative d’établir une symétrie artificielle, comme si, des deux côtés de la ligne de fracture politique, se trouvaient des forces contribuant à parts égales à la crise. Non, il n’y a pas ici de symétrie. Il y a un gouvernement qui, depuis le premier jour de sa formation, mène des actions agressives et revanchardes, qui sapent la démocratie israélienne ainsi que la morale juive et universelle, et qui ne sont pas toujours inspirées par des considérations pertinentes et désintéressées.
Et pourtant, ce moment de crise porte aussi en lui un espoir prudent. La politique scandaleuse et irresponsable du gouvernement suscite la résistance déterminée d’un vaste camp démocratique, à droite comme à gauche, qui n’est pas prêt à renoncer à son pays. Ce camp s’appuie notamment sur des voix religieuses fortes qui se battent aujourd’hui pour préserver le caractère à la fois juif et démocratique de notre identité, et refusent de l’abandonner aux forces extrémistes qui dominent actuellement la scène.
Mais ces voix ont besoin d’être amplifiées ; elles ont besoin d’une caisse de résonance qui leur permette de se faire entendre, d’exercer une influence et de laisser leur empreinte. Elles doivent surmonter de trop longues années de silence et d’hésitation ; elles doivent se libérer de l’emprise de groupes puissants qui, par différents moyens, se sont approprié le discours religieux et l’ont constamment orienté dans des directions dont nous constatons aujourd’hui les effets néfastes.
Le système éducatif religieux, par exemple, reste le plus souvent fermé à ces voix pourtant essentielles ; inutile de préciser que, dans les synagogues et les maisons d’étude également, la place qui leur est accordée demeure très limitée. Quant à la presse du secteur religieux, elle leur donne certes parfois la parole, mais avec parcimonie. Les textes critiques sont censurés ou rejetés lorsqu’ils ne correspondent pas à l’idéologie dominante.
YASHAR entend répondre à ce besoin. La revue veut offrir une tribune à un discours religieux engagé, lucide, honnête et intègre ; un discours religieux qui n’hésite pas un instant à affirmer son attachement profond — un attachement de principe — à la démocratie, aux droits humains, à la morale naturelle, à la science, à la pensée critique et à une vision libérale du monde.
Un discours qui s’adresse d’abord à la société religieuse elle-même, afin de l’éveiller et d’y susciter un changement, mais qui se tourne en même temps vers l’extérieur, vers celles et ceux qui, au sein de la société démocratique non religieuse, partagent notre préoccupation pour l’avenir du judaïsme.
YASHAR entend offrir une tribune à un discours religieux engagé, lucide, honnête et intègre ; un discours religieux qui n’hésite pas un instant à affirmer son attachement profond — un attachement de principe — à la démocratie, aux droits humains, à la morale naturelle, à la science, à la pensée critique et à une vision libérale du monde.
Le nom de la revue fait écho à l’appel si simple et si limpide du Deutéronome (6,18) : « וְעָשִׂיתָ הַיָּשָׁר וְהַטּוֹב בְּעֵינֵי ה'« Tu feras ce qui est droit et bon aux yeux de l’Éternel. »
Face aux innombrables manœuvres, faites de ruse et de destruction, prétendument accomplies au nom de la Torah, nous ne demandons rien d’autre que ce qui est droit et bon.
Par ailleurs, face au racisme grossier qui se répand dans notre propre camp, allant parfois jusqu’à accorder une légitimité honteuse à la violence, le nom de la revue fait aussi délibérément écho à l’introduction du Netziv de Volozhin (1816-1893) à son commentaire Haamek Davar sur le livre de la Genèse.
Dans cette introduction, le Netziv explique que la Genèse est également appelée « Sefer HaYashar » — « le Livre de la droiture », parce que : « הקדוש ברוך הוא ישר הוא »
« Le Saint, béni soit-Il, est droit. »
Et parce que :
« זה היה שבח האבות, שמלבד שהיו צדיקים וחסידים ואוהבי ה' באופן היותר אפשר, עוד היו 'ישרים', היינו: שהתנהגו עם אומות העולם, אפילו עובדי אלילים מכוערים; מכל מקום היו עִמם באהבה, וחשו לטובתם, באשר היא קיום הבריאה »
« Telle fut la grandeur des Patriarches : outre qu’ils étaient justes, pieux et aimaient Dieu autant qu’il est possible, ils étaient aussi “droits”. Autrement dit, dans leurs relations avec les nations du monde, même avec d’abjects idolâtres, ils se comportaient avec amour et se souciaient de leur bien, parce que de celui-ci dépend l’existence même de la Création. »
Il est difficile d’imaginer un message plus nécessaire en notre temps.
C’est dans ce même esprit que nous avons choisi de faire revivre, dans le sous-titre de la revue, l’ancien mot d’ordre de « Torah im Derekh Eretz » — « Torah et ouverture au monde », devise de l’orthodoxie moderne telle qu’elle s’est développée dans le judaïsme allemand du XIXᵉ siècle sous l’impulsion du rabbin Samson Raphaël Hirsch et du rabbin Azriel Hildesheimer.
Torah im Derekh Eretz : une Torah avec la science, avec une étude approfondie, avec une ouverture à la vie moderne, attentive à notre temps et animée par l’ambition du Tikkoun Olam, la réparation du monde.
Pendant trop d’années, cette devise aussi juste qu’essentielle a été reléguée dans un coin et presque oubliée ; de puissants processus historiques ont peut-être fini par lui donner une apparence de naïveté. Nous croyons que le temps est venu de la proclamer de nouveau haut et fort, et de marcher à sa lumière.
À compter d’aujourd’hui, Roch ‘Hodech Nissan 5783, 23 mars 2023, nous invitons toutes celles et tous ceux qui partagent notre chemin et se reconnaissent dans notre appel — ne serait-ce que partiellement — à faire usage de cette tribune ; à faire entendre leur voix et à relayer celles qui s’exprimeront ici.
Comme dans toute revue, certaines de ces voix paraîtront trop modérées à une partie du public ; d’autres paraîtront radicales. Nous nous réjouirons de cette diversité et nous efforcerons de donner leur place aux unes comme aux autres.
Nous accueillerons volontiers des contributions sur tout sujet pertinent (les textes peuvent être adressés à yashar.magazine@gmail.com, accompagnés d’une photo et d’une courte notice biographique). Nous serons également heureux de recevoir de l’aide pour diffuser régulièrement les contenus de la revue sur les réseaux sociaux.
Notre espoir est que YASHAR ne soit pas seulement un instrument du « סור מרע » — s’éloigner du mal, c’est-à-dire d’une critique nécessaire et sans complaisance de ce qui mérite d’être critiqué, mais aussi du « עשה טוב » — faire le bien : contribuer à développer et à affermir une identité religieuse solide, contemporaine et courageuse.
Une identité religieuse capable de naître de la grande fracture de notre temps et d’œuvrer à sa réparation.
Yoel Kretzmer-Raziel, Tafat HaCohen-Bick, Itay Marienberg-Milikowsky
La rédaction de YASHAR
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Yoel Kretzmer-Raziel teaches and trains teachers at Achva Academic College, CET (Center for Educational Technology), and Midreshet Roni.
Tafat Hacohen-Bick is a scholar of Hebrew literature. She studied at Midreshet Migdal Oz and Midreshet Lindenbaum, has taught at religious seminars and institutions of higher education, and is currently a visiting scholar at NYU.
Itay Marienberg-Milikowsky is a graduate of the Religious Kibbutz Movement Yeshiva at Ein Tzurim. He works on Rabbinic literature and is a senior lecturer in Hebrew literature at Ben-Gurion University of the Negev.

