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Que la mémoire du juste soit bénie : entre une sainteté qui purifie et une sainteté qui bénit

תמונת הסופר/ת: Dvir Warshavsky
Dvir Warshavsky
לפני 3 שעות
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«וְאֶעֶשְׂךָ לְגוֹי גָּדוֹל וַאֲבָרֶכְךָ וַאֲגַדְּלָה שְׁמֶךָ וֶהְיֵה בְּרָכָה»

« Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai ton nom illustre, et tu seras une bénédiction. » (Genèse 12, 2)


L'idée de bénédiction occupe une place éminente dans la pensée de nos Sages. Au-delà des enseignements qui en célèbrent les mérites, les Sages du Talmud ont institué les nombreuses formules de bénédiction qui nous sont familières, et lui ont même consacré un traité entier.

Au fil des générations, la notion de bénédiction s'est enrichie et approfondie, trouvant sa place aussi bien dans la littérature de la Halakha et des coutumes que dans les ouvrages de morale et de Kabbale, chacun selon son approche propre.

La paracha Lekh Lekha constitue l'un des fondements anciens de ces traditions. La bénédiction qui se répand dans toutes les directions y apparaît comme une dimension essentielle de la figure d'Abraham. Elle est présentée comme sa vocation dès la première révélation divine qui lui est adressée :

«וֶהְיֵה בְּרָכָה [...] וְנִבְרְכוּ בְךָ כֹּל מִשְׁפְּחֹת הָאֲדָמָה»

« Tu seras une bénédiction [...] et toutes les familles de la terre seront bénies par toi. » (Genèse 12, 2-3)

Comme l'explique Nahmanide (Ramban) dans son commentaire de ce passage :

«כי כל משפחות האדמה יתברכו בו, לא אנשי ארצו בלבד»

« Car toutes les familles de la terre seront bénies par lui, et non pas seulement les habitants de son pays. »

De même, Abraham est associé à la diffusion de la conscience d'une bénédiction présente dans toute la Création :

"בא אברהם תחילה והודיע לבריות רוב חסד ורחמיו על כל מעשיו, היאך הוא בראם ומפרנסם והכול מצד חסדו" 

« Abraham vint le premier et fit connaître aux créatures l'immensité de Sa bonté et de Sa miséricorde envers toutes Ses œuvres : comment Il les a créées et comment Il pourvoit à leurs besoins, tout cela par l'effet de Sa bonté. » (Shaarei Ora, septième porte)

Face à cet héritage d'Abraham, qui établit un lien entre la proximité de Dieu et une réalité porteuse de bénédiction, une conception à la fois nouvelle et ancienne de la sainteté a pris de l'ampleur à notre époque. Elle identifie la vocation de la proximité divine à la pureté.

Pour saisir la différence entre ces deux conceptions, il est utile d'examiner l'évolution survenue au cours de la dernière génération dans la manière de considérer la figure de Joseph, et plus particulièrement son tombeau à Naplouse, l'ancienne Sichem.

Pendant des siècles, le tombeau de Joseph fut un lieu saint pour l'ensemble des communautés vivant dans ses environs. Juifs, Samaritains, chrétiens et musulmans avaient coutume de s'y rendre.

Tous considéraient ce tombeau comme une source de bénédiction rayonnant sur les terres alentour, notamment dans le domaine agricole.

Cette conception fondamentale était liée aux bénédictions que Joseph avait reçues de son père Jacob, rapportées au chapitre 49 de la Genèse, ainsi qu'à celles que Moïse avait adressées à ses descendants, au chapitre 33 du Deutéronome.

Le caractère universel de la bénédiction, incarné par une abondance agricole qui ne connaît pas de frontières et profite à tous, se reflétait dans la diversité des fidèles venus prier en ce lieu, espérant bénéficier du mérite du juste.

Une telle conception de la bénédiction correspond à l'attitude traditionnellement observée à l'égard d'autres tombeaux de justes, où se rendent des Juifs comme des non-Juifs pour prier en faveur de la guérison, de la subsistance, de la paix du foyer ou de toute autre aspiration humaine appelant une abondante bénédiction.


Pendant des siècles, le tombeau de Joseph fut un lieu saint pour toutes les communautés vivant dans la région. Juifs, Samaritains, chrétiens et musulmans avaient coutume de s’y rendre. Tous considéraient ce tombeau comme une source de bénédiction rayonnant sur les terres alentour.

Dans le cas du tombeau de Joseph, la bénédiction, qui en constituait autrefois le principe central, a été remplacée, au cours des dernières décennies, par son exact opposé. Pour comprendre ce renversement, il est instructif de se pencher sur les propos tenus par Yitzhak Ginsburgh, président de la yeshiva Od Yosef Haï, lors du premier rassemblement de ses étudiants au tombeau de Joseph, en 1988 (5748) :

« Ce qui caractérise Sichem en ces jours-ci — les jours des Shovavim —, c'est la réparation de l'Alliance (Tikkoun Habrit). Sichem est la ville de l'Alliance. “Revenez, enfants rebelles” […] Et c'est Joseph qui les arrache à l'emprise de la Sitra Ahra [l'Autre Côté, les forces du mal]. […]

Le sentiment de vengeance s'éveille chez le Juif lorsqu'il est question de l'Alliance : “L'épée qui venge la violation de l'Alliance.” Il en fut ainsi pour Siméon et Lévi à propos de Dina, pour Pinhas lors de l'affaire de Zimri, et dans d'autres circonstances encore.

Quand la vengeance nous est-elle confiée ? Lorsqu'il y a dévoilement de la couronne [Atara], révélation du Fondement [Yessod], du lien essentiel.

Lorsqu'on veut expliquer aux soldats la nature de notre attachement à la terre, lorsqu'on veut éveiller leur cœur à cette réalité, il faut l'aborder sous cet angle : la terre est comme notre épouse.

À propos de la Terre sainte, le prophète dit : “Comme un jeune homme épouse une vierge, ainsi tes fils t'épouseront” — et non un étranger, à Dieu ne plaise.

L'étranger qui se trouve sur cette terre est un adultère. Lorsqu'un homme commet l'adultère avec ta femme, cela éveille un sentiment de vengeance.

Il faut enseigner que cette terre est mon épouse et que l'étranger non juif commet l'adultère avec elle. »

Le Joseph de la yeshiva Od Yosef Haï n'est plus le juste qui répand la bénédiction divine, celui qui « distribuait du blé à toute la terre », mais un époux jaloux qui se venge du corps étranger ayant pénétré dans sa terre bien-aimée.

Alors que, pendant des siècles, les fidèles traditionnels de Joseph s'étaient employés à rendre son tombeau accueillant pour quiconque souhaitait y recevoir une bénédiction et « acheter du blé », ses nouveaux fidèles s'attachent désormais à le protéger de ceux qui l'entourent et à préserver sa « pureté ».


Adoucir la Torah écrite

L'idée selon laquelle un lieu saint ou un lieu de révélation exige la pureté n'est pas une invention des nouveaux fidèles du tombeau de Joseph.

Une part considérable de la Torah écrite, particulièrement du Lévitique, est consacrée à l'établissement du principe de pureté dans le Sanctuaire et, plus généralement, dans le camp d'Israël.

Afin de préserver la pureté du camp, il est ordonné d'en éloigner :

«כָּל צָרוּעַ וְכָל זָב וְכֹל טָמֵא לָנָפֶשׁ»

« Tout lépreux, toute personne atteinte d'un écoulement et quiconque est impur au contact d'un mort. » (Nombres 5, 2)

Un ensemble complexe de prescriptions régit alors les procédures de purification des différentes formes d'impureté.

Cette nécessité de purifier le lieu saint peut également éclairer les commandements prescrivant de mener une guerre d'anéantissement contre les sept peuples qui souillent la terre par leurs pratiques sexuelles interdites et leur idolâtrie, ainsi que la mise en œuvre de ces guerres dans le livre de Josué.

Le point essentiel, à cet égard, est celui que souligne Rabbi Tsadok HaCohen de Lublin dans son ouvrage Pri Tsadik (Chavouot, § 10) : la Torah écrite procède de la Guevoura (la rigueur), tandis que la Torah orale procède du Hessed (la bonté). Et cela, bien que la Torah écrite ait été reçue sous le signe du Hessed, et la Torah orale sous celui de la Guevoura.

Autrement dit, si l'on considère la manière dont la Torah a été reçue, la Torah écrite et les livres qui lui sont étroitement liés, comme celui de Josué, ont été donnés dans l'abondance de la révélation prophétique que Dieu a accordée par bonté. La Torah orale, en revanche, a été reçue dans la difficulté et la rigueur, au prix d'un travail intellectuel exigeant, de l'effort consacré à l'étude et de la rit'ha deOraïta, cette ardeur passionnée qui anime les débats de la Torah.

Mais si l'on considère leur contenu divin, la Torah écrite est remplie de prescriptions d'une rigueur parfois insoutenable, dont la moindre transgression peut mettre en danger les êtres humains, créatures de Dieu. C'est pourquoi il est impossible de l'appliquer telle quelle. C'est pour cette raison que le Saint béni soit-Il a accordé à Israël la Torah orale, dont l'étude et l'interprétation permettent d'adoucir les jugements rigoureux de la Torah écrite.

En matière de pureté rituelle, cet adoucissement se manifeste notamment lorsque les Sages en viennent à considérer l'impureté comme une réalité faisant partie intégrante de la vie. Il se traduit également par un déplacement du centre de gravité des lois de pureté, de l'espace public vers la sphère privée.

Nous observons une évolution comparable dans la manière d'envisager la conquête de la Terre d'Israël. Contrairement aux conquêtes de Josué, le deuxième retour sur la terre, à l'époque d'Ezra, s'effectua sans guerre et avec l'accord des autorités.

Selon la règle halakhique qui s'est imposée, c'est précisément cette deuxième entrée dans le pays, réalisée par des voies pacifiques, qui lui a conféré une sainteté durable, valable pour toutes les générations. (Maïmonide, Michné Torah, Lois des prélèvements agricoles, 1, 5)


Pureté et bénédiction

À l'opposé de la bénédiction, lorsque la pureté demeure le principe organisateur de la proximité avec Dieu, elle conduit à la destruction de la Création.

Il convient de rappeler, à cet égard, l'épisode de la première sortie de Rabbi Chimon bar Yohaï (Rachbi) et de son fils Rabbi Éléazar de la grotte où ils avaient passé douze années à étudier la Torah dans la sainteté et la pureté.

 

Le Talmud raconte :

«כל מקום שנותנין עיניהן מיד נשרף»

« Partout où ils portaient leur regard, tout était aussitôt consumé. »

La Guemara poursuit :

«יצתה בת קול ואמרה להם: להחריב עולמי יצאתם? חיזרו למערתכם»

« Une voix céleste retentit et leur dit : “Est-ce pour détruire Mon monde que vous êtes sortis ? Retournez dans votre grotte !” » (Talmud de Babylone, Chabbat 33b)

La voix céleste ne se réjouissait nullement de la « purification » de la terre, débarrassée de ces gens ordinaires qui se consacraient aux préoccupations de la vie quotidienne plutôt qu'à la vie éternelle.

Elle exprimait, au contraire, son inquiétude devant la destruction du monde. C'est pourquoi elle les renvoya dans leur grotte pour une année supplémentaire, afin qu'ils puissent se corriger eux-mêmes.


En ce qui concerne la conquête de la Terre d’Israël, nous observons également une évolution vers davantage de modération : contrairement aux conquêtes de Josué, le second retour sur cette terre, à l’époque d’Esdras, s’effectua sans guerre et avec l’accord des autorités. Selon l’interprétation de la loi juive qui s’est imposée, c’est précisément ce second retour, accompli par des voies pacifiques, qui conféra à la terre sa sainteté pour les générations à venir.

 

À l'inverse, au fil des générations, il s'est trouvé des dirigeants et des législateurs qui n'ont pas su se corriger eux-mêmes et n'ont pas fait leur une Torah de bonté. Ils ont considéré certains groupes humains qui leur déplaisaient comme une souillure dont il fallait purifier leur pays afin d'en assurer la rédemption.

Ainsi, Ferdinand et Isabelle, les souverains de l'Espagne au début de l'époque moderne, considéraient comme un devoir religieux de purifier leur royaume des « infidèles » juifs et musulmans, afin que la terre d'Espagne soit exclusivement catholique.

Au cours des dernières générations, les institutions de l'Église ont entrepris un travail d'examen de conscience et de repentance à l'égard de ces sombres épisodes. Mais, malheureusement, leur ombre s'étend bien au-delà des frontières de l'Église. La logique de « purification » qui les animait continue, depuis lors et jusqu'à nos jours, d'empoisonner la pensée politique des peuples et des États.

Il est difficile de ne pas soupçonner qu'une part de cette logique a également pénétré les murs de la yeshiva Od Yosef Haï et d'autres institutions semblables, qui ont souillé notre génération de cette « sagesse » étrangère.

Nous pouvons donc distinguer, de manière générale, deux formes opposées de sainteté : l'une orientée vers la bénédiction, l'autre vers la pureté.

La première aspire à faire le bien autour d'elle et à répandre la vie dans le monde. La seconde cherche à se protéger de ceux qui l'entourent et qu'elle perçoit comme une menace, fût-ce au prix de la destruction du monde.

De ce qui précède, nous pourrions être tentés de conclure que la bénédiction et la pureté sont deux principes qui s'excluent mutuellement. Il n'en est rien.

Même lorsque la sainteté est orientée vers la bénédiction, une vie de sainteté exige de l'être humain qu'il se purifie. Lorsqu'elle trouve sa juste place, la pureté peut permettre aux hommes de s'élever au-dessus de la bassesse et de la banalité de l'existence, et de devenir une demeure pour la gloire divine.

Encore faut-il comprendre quelle est cette juste place.

À l'image d'un engrais ou d'un médicament puissant, la pureté ne peut être un élixir de vie que si elle est employée à la bonne dose et dans les circonstances appropriées. Un usage excessif ou inadapté peut aisément la transformer en poison mortel.

Nous trouvons les grandes lignes d'une juste articulation entre bénédiction et pureté chez Rabbi Yossef ben Abraham Gikatilla  dans l'introduction de son ouvrage Shaarei Ora :

"אברהם אבינו עליו השלום לקח בטהרה צד ימין וירש ימין של מעלה, שהוא מידת החסד" 

« Abraham, notre père, que la paix soit sur lui, s'attacha dans la pureté au côté droit et hérita du côté droit d'en haut, qui est l'attribut de bonté (Hessed). »

Autrement dit, Abraham se purifia de toute indignité et, grâce à sa droiture et à l'état de pureté qu'il avait atteint, il devint le dépositaire du flux de bénédiction émanant de l'attribut divin de bonté.

Il existe, à cet égard, une certaine ressemblance entre Abraham et Joseph le Juste.

Joseph, lui aussi, œuvra à préserver sa pureté lorsqu'il refusa de coucher avec une femme mariée. Et c'est après avoir construit sa propre intégrité morale qu'il mérita de devenir celui qui distribuait du blé à toute la terre.

On pourrait comparer la figure du juste qui se dégage de ces descriptions à une bougie : en elle-même, elle est le siège d'une combustion, d'une flamme intérieure ardente ; mais pour tous ceux qui l'entourent, elle diffuse une lumière et une chaleur douces, bienfaisantes et réparatrices.

Le juste exige de lui-même la pureté, et cette pureté intérieure devient la source de bénédiction qui se répand sur tous ceux qui l'entourent.

Comme l'a admirablement résumé l'auteur de l'Akedat Yitzhak :

"אין לעבוד רק לה', שהוא טהור ומשרתיו טהורים, ובעבודה טהורה הוא חפץ, ובמעשים הטובים ומדות החסד והרחמים להיטיב לכל, ולעשות משפט גר יתום ואלמנה" 

« Il ne faut servir que l'Éternel, car Il est pur et Ses serviteurs sont purs. Il désire un culte pur, des actes de bonté, des qualités de bienveillance et de miséricorde, afin de faire le bien envers tous et de rendre justice à l'étranger, à l'orphelin et à la veuve. »

(Rabbi Isaac Arama, Akedat Yitzhak, porte 46)

Le choix entre une sainteté qui purifie et une sainteté qui bénit trouve une expression particulièrement éclairante dans cet enseignement de Rabbi Josué ben Lévi :

"מאי דכתיב 'וזאת התורה אשר שם משה'? זכה נעשית לו סם חיים, לא זכה נעשית לו סם מיתה"

« Que signifie le verset : “Voici la Torah que Moïse plaça devant les enfants d'Israël” ? S'il en est digne, elle devient pour lui un élixir de vie ; s'il n'en est pas digne, elle devient pour lui un poison mortel. » (Talmud de Babylone, Yoma 72b)

Gardons-nous, à tout prix, d'une sainteté dont l'ambition première serait de « purifier » la terre de ses habitants, de détruire la vie des êtres humains et de transformer la Torah en poison mortel.

Puisse la pureté de notre cœur nous conduire à être bons envers le Ciel comme envers les hommes, et puissions-nous devenir une bénédiction pour tous les habitants de cette terre.

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Le rabbin Dvir Varshavsky est un militant social et politique. Il compte parmi les responsables de « Bnei Avraham » (« Les Fils d’Abraham »), un collectif d’action juif religieux qui œuvre pour permettre aux communautés palestiniennes de continuer à vivre sur leurs terres.


 

 

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